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L’autonomie affective dans notre vie professionnelle

Les humains sont des animaux sociaux. Philosophes, anthropologues et économistes le répètent depuis bien longtemps. Par nécessité, les homo-sapiens ont toujours vécus en groupe : l’exclusion valait condamnation à mort. Nous en avons gardé l’envie de se faire accepter (presque) à tout prix par notre groupe, allant parfois jusqu’à nier notre identité propre. Mais aujourd’hui, alors que nous sommes plus de 7 milliards, cette nécessité de rester dans son groupe est obsolète : si nous ne nous plaisons pas dans notre « tribu », il est tout à fait possible d’en trouver une autre.
Ce besoin compulsif de s’intégrer, d’appartenir au groupe nous cause donc bien des torts et ce sans raison valable. Afin de mieux vivre, il est crucial de se libérer du regard des autres, de développer notre autonomie affective.

1. Trouver le juste milieu

Il est parfaitement normal de vouloir s’intégrer dans un groupe et être apprécié. Le problème apparaît quand ce besoin doit être satisfait à tout prix, acceptant de se nier, de jouer un rôle pour y arriver. Si cela peut, au départ, nous apporter une certaine satisfaction, sur le long-terme, les effets sont dévastateurs. Nous pouvons également choisir la stratégie inverse et se couper complètement des autres. Cet extrême d’indépendance affective (plutôt que d’autonomie) ne permettra pas plus d’épanouissement.

a. Se conformer pour être apprécié
L’un des premiers moyens pour être sûr d’être accepté, est d’être toujours d’accord avec tout. Nous allons éviter les conflits en ne relevant pas certains problèmes, ou en acceptant des comportements qui nous dérange, en s’écrasant en somme. Dans notre vie professionnelle, cela veut dire par exemple ne pas donner de feedback négatif, accepter indifféremment les tâches qui nous sont proposées, ne pas proposer d’idées au risque qu’elles soient rejetées, etc… Il est assez facile de se retrouver dans le paradoxe d’Abilene. Une jeune femme et son fiancé rendent visite à ses parents. Pensant faire plaisir à sa fille, le père propose d’aller dîner dans un restaurant à Abilene, située à 50km alors qu’il fait extrêmement chaud. La mère, ne voulant pas décevoir, accepte même si elle n’a pas envie. Voulant à son tour faire plaisir à son père, la jeune fille accepte et propose à son fiancé. Ce dernier ne voulant pas se faire exclure du groupe accepte également alors qu’il n’a pas envie non plus ! Au final, les 4 se retrouvent à aller à Abilene alors qu’aucun d’eux ne le voulait. Ce paradoxe illustre bien les absurdités dans lesquelles ces attitudes peuvent nous conduire. S’exprimer et agir en toute sincérité est clé dans la relation, mais on peut quand même y mettre des formes. Par exemple, un “non” abrupte et sans explication a un effet d’exclusion. Dans le paradoxe d’Abilene, il est très important de noter que chacun des 4 personnages ont de bonnes intentions. Ils veulent tous faire plaisir à l’autre. Mais comme aucun d’eux n’expriment ce dont ils ont vraiment envie, c’est impossible. La dépendance affective nous fait prendre des pincettes dans toutes relations. Nous nous empêchons nous-mêmes, mais aussi l’autre, de nous réaliser pleinement. Pour nous entraîner, nous pouvons prendre des petits risques mesurés dans un environnement qui nous met en confiance. Par exemple, avec un collègue que nous apprécions, nou pouvons essayer de systématiquement exprimer comment nous nous sentons. Cela nous aidera à nous détacher de nos peurs au fur et à mesure.

b. Être apprécié en éliminant toute possibilité de désaccord
Généralement, nous sommes très mauvais pour nous juger nous même. Que ce soit parce que nous ne voyons que nos défauts ou que nos qualités. L’autre nous aide à avoir une vision plus juste de nous-même. Pour se protéger des jugements et des critiques, nous pouvons vouloir nous entourer de personnes toujours en accord avec nous. Par exemple en créant une culture d’équipe où il n’y a pas de feedback, pas de désaccord, pas de conflit. Cet accord factice cache toutefois un champ de bataille où la démotivation et les rumeurs règnent incontestés. Ne pas voir les problèmes ne les fait pas disparaître et ils nous minent souvent sans que nous nous en rendions compte.
Si nous ne recevons aucun feedback, qu’ils soient positifs ou négatifs, nous n’arrivons plus à juger notre travail. Si nous avons l’habitude d’avoir du succès, nous finissons par ne plus remettre en question notre manière de faire. Nous passons alors à côté d’opportunités de nous améliorer encore. Et si, au contraire, nous nous jugeons négativement, nous finissons par ne plus voir que nos défauts, oubliant tous les côtés positifs de notre travail. Encore une fois, tout est question de dosage. En donnant un feedback, soulignez les points positifs comme les points d’amélioration. Transformez un problème en une source d’apprentissage permettra à nos collaborateurs d’être bien plus à l’aise pour admettre et apprendre de leurs erreurs. De même, quand nous recevons un feedback, nous pouvons demander : “qu’est ce que j’aurais pu faire mieux ? Qu’est ce que je peux encore améliorer ?” ou “qu’est ce que j’ai vraiment réussi dans ce projet ?”

2. Prendre en compte nos émotions

Développer notre autonomie affective ce n’est pas passer d’un extrême à l’autre mais trouver un juste milieu entre critique et appréciation. Et pour ce faire, une méthode rapide et efficace est d’être à l’écoute de nos émotions.
Quand nous manquons d’autonomie affective, nous sommes généralement trop concentré sur l’autre. Nous nous demandons : « Que va-t-il ressentir si je lui dis cela ? Comment va-t-il me percevoir ? ». Ceci nous amène à avoir une mauvaise perception du problème.
Avec le PEARLsystem©, Circé propose un moyen pour mieux analyser un problème et lui trouver une solution efficace. PEARL est l’acronyme des 5 composantes d’une expérience. Face à une situation nous avons des Perceptions, qui nous font ressentir des Emotions. Nous décidons alors d’une Action, ce qui influent sur nos Relations aux autres et à nous-mêmes. De cette expérience, nous tirons alors une Leçon qui nous guidera dans nos choix futurs.
Prenons un exemple. Jean se trouve pris dans une spirale de stress continuelle à cause d’une surcharge de travail. Trop concentré sur ce que pourraient dire ses collègues, il n’arrive pas à demander de l’aide et ne sait plus quoi faire.
En utilisant PEARLsystem©, Jean a affiné sa perception du problème et identifié plus précisément ses émotions. Il était démotivé et pas simplement stressé par la réalisation de ses tâches. Il décide alors d’agir autrement pour changer de perspective. Parce qu’il est difficile pour lui d’admettre ses difficultés, Jean choisit de demander une aide ponctuelle et ciblée à un de ses collègues. Au grès de la discussion sur la tâche, il se rend compte que l’aide la plus précieuse que son collègue lui apporte concerne une manière de faire qui lui conviendrait mieux. Agir autrement lui permet de déplacer son problème, il se détache de son anxiété, peut admettre ses difficultés. Ainsi Jean crée une nouvelle relation de co-développement avec ses collègues. Et il s’est même rendu compte qu’il n’était pas le seul à rencontrer de telles problèmes !
Développer notre autonomie affective nous permettra de plus nous concentrer sur nous-même. Au lieu de questionner l’autre, nous pourrons nous demander : « Qu’est ce qui me pose réellement problème dans cette situation ? Qu’est ce qui m’inquiète vraiment ? Qu’est-ce que je m’empêche de faire qui me maintient dans la même perspective et dans le même relation ?” Cela nous aidera à trouver une vraie solution.

3. Aider les autres à développer leur autonomie affective

Le manque d’autonomie affective nous pousse dans deux types de comportements. Soit la dépendance, nous avons constamment besoin d’appréciation, nous n’arrivons pas à voir notre valeur. Nos choix sont alors guidés par une seule chose : vouloir plaire à tout prix. L’inverse nous mène à l’indépendance totale. Nous voulons nous débrouiller seul, n’admettons pas nos erreurs et nous ne demandons jamais d’aide. Ces deux comportements sont extrêmement demandant pour notre entourage. C’est pourquoi, nous pouvons travailler sur nous, de notre côté pour passer de la dépendance ou indépendance à l’autonomie. Mais nous pouvons également aider les autres à le faire ! L’autonomie affective se forme dans nos relations, en les transformant c’est autant nous que l’autre que nous aidons.
Un manque d’autonomie affective se traduit pas une peur des critiques, une envie de se conformer et d’éviter tout conflit. Ceci parce que nous avons ancré en nous la croyance : « si je dis non, si je ne suis pas d’accord, si je souligne un problème, je serais rejeté ». Nous évitons donc à tout prix de le faire alors que, nous l’avons vu, c’est un besoin crucial.
Pour aider nos collaborateurs à se libérer de cette peur, la première chose à faire est de créer un environnement safe. Bien sûr, cela ne se fera pas du jour au lendemain ! Le mieux est de commencer petit à petit. Par exemple, à la fin d’une réunion, nous pouvons proposer à chacun de parler d’un problème qu’il rencontre pour rechercher une solution collectivement.
Et le plus efficace sera toujours de donner l’exemple. Si nous partageons nos erreurs, demandons de l’aide régulièrement, nos collaborateurs seront incités à faire de-même.
Une étude a montré que les émotions du leader d’un groupe sont contagieuses. Une équipe dont le leader a une attitude positive montre plus de collaboration et d’acceptation. Développer notre autonomie affective ne nous aidera pas seulement nous-mêmes, mais aussi nos collaborateurs !


Publié le 09/12/2016 dans Apprendre

autonomie, affective, relation, communication, professionnelle


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